Comment survivre à une attaque de la guérilla en Colombie



Vous vous êtes déjà retrouvé dans une situation où vous avez eu l’impression que votre vie était en danger ? 

Je vais vous raconter une histoire qui m’a terrifié.

La Colombie est un pays magnifique dont la réputation est ternie par une histoire récente marquée par la violence (narcotrafiquants, guérilla).

La réalité c’est que la situation s’est énormément améliorée ces 10 dernières années et la Colombie n’est pas un pays plus dangereux qu’un autre en Amérique latine.

 

Mais malgré les revers qu’elle a subi la guérilla est toujours active et compte aujourd’hui environ 8 000 combattants.

La région du Casanare où vit ma petite amie est justement une des régions ou la guérilla est active.

Lors de mes précédentes visites (la première remonte à décembre 2010) je n’ai jamais entendu parler d’eux.

Mais cette fois-ci plusieurs évènements inquiétants se sont produits:

 

Il y a une semaine ils ont enlevé un ingénieur à 30 minutes d’ici.

Et la semaine dernière ils ont brûlé un bus à 20 minutes de la ville.

De plus, la guerilla a instauré il y a quelques jour un « paro armado » (blocage par les armes) dans 3 départements dont le nôtre.

En gros ils interdisent aux véhicules de se déplacer sous peine de représailles.

La raison: ils célèbrent les 48 ans de leur organisation (!).

Samedi soir nous sommes sortis avec des amis et en rentrant nous avons croisé un pickup de la police avec 6 hommes armés à l’arrière.

J’avais déjà vu un véhicule de ce type mais pas un soir de week-end, et je n’ai pu m’empêcher de penser que la tension était bien palpable…

 

Je me suis couché et au lever du jour vers 5 heures du matin j’ai été réveillé par des détonations.

Je me suis dit que ça devait être des types éméchés qui allumaient des pétards, et que si ils continuaient la police allait intervenir.

Mais les explosions ont continué.

15 minutes ont passé. Puis 30 minutes.

Impossible de se rendormir avec ce bruit. Et ça semblait provenir de plusieurs endroits dans le centre, près de mon hôtel.

J’ai commencé à me demander si ce n’était pas autre chose que des pétards…

 

Et si la guérilla était en train d’attaquer ?

Ca ne ressemblait pas à des tirs d’arme automatique comme on entend aux informations (takatakatakatakatkatak) mais plutôt à des « boum ! boum ! ».

Je me suis demandé quel type d’arme pouvait faire ce bruit.

 

Au bout d’une heure j’en avais la certitude, la guérilla menait une offensive sur la ville.

J’imaginais les combats de rue et les guérilleros en train de tirer sur la police.

La garnison de police est située à l’entrée de la ville, est-ce qu’ils sont en train de l’attaquer aussi ?

Je pensais à mon ami William le propriétaire du kiosque à journaux à côté de l’hôtel.

Le dimanche matin il fait une tournée, pourvu qu’il ne lui soit rien arrivé !

Je pensais à mes lecteurs. Moi qui vais toujours dans des endroits qui font rêver, je vais avoir l’air malin avec cette histoire !

Je réfléchissais où je pourrais me cacher si ils rentraient dans l’hôtel.

La penderie ? Est-ce que le toit est accessible ? Mince je n’ai pas pensé à regarder.

J’imagine le réceptionniste de l’hôtel qui a du fermer la porte d’entrée. C’est une simple porte vitrée, les terroristes pourront pénétrer sans problème.

J’essaye de me rendormir mais ce n’est pas facile avec ce bruit.

Est-ce qu’il vaut mieux essayer de se rendormir ou voir en bas ce qui se passe ? Qu’est-ce que vous auriez fait à ma place ?

 

Et là ça commence à devenir sérieux.

Je sors jeter un oeil dehors et la place est vide.

Dans l’hôtel d’à côté ils ont entassé des meubles et un lit dans l’entrée pour obstruer le passage. Les meubles paraissent abîmés comme si ils avaient reçu des impacts de balle.

Le trottoir est jonché de nombreux débris.

Je ne sais comment mais je me retrouve dans une pièce de l’hôtel avec un américain et une colombienne. 

Quelques minutes plus tard je suis dans la rue et je vois passer un camion de la police qui essuie des coups de feu !

BONG ! BONG ! BONG !

Je reconnais le bruit du balais de la femme de ménage contre les barreaux de la petite terrasse sous les fenêtres de ma chambre d’hôtel.

Apparemment j’ai fait un rêve.

Mais les déflagrations que j’ai entendues étaient bien réelles !

Je sors de la chambre, la femme de ménage me regarde et me dit de son air vide « allez-y vous pouvez sortir, je vais faire votre chambre ».

J’hésite une seconde, encore groggy de sommeil.

J’ai une envie brûlante de poser la question de savoir ce qui s’est passé la nuit précédente, mais à qui ?

Je passe devant le réceptionniste tranquillement assis derrière son comptoir.

Je sors de l’hôtel, la maman de William est devant le kiosque à journaux.

Un monsieur âgé est assis sur une chaise et ils sont en train de faire la causette.

Je les salue et leur demande ce qu’étaient tous ces bruits, le monsieur m’explique que c’était pour fêter les 70 ans de la ville.

Je lui réponds « à 5 heures du matin ? moi j’ai eu l’impression que c’était pour fêter les 70 ans de la guérilla ! »

Il rigole et me répond en regardant au loin « Je crois que la Colombie c’est un pays comme il n’y en a pas d’autre »

J’acquiesce et m’assois à la terrasse de la boulangerie pour commander mon petit déjeuner.

C’est tellement bon de se sentir vivant !

PS: avec cet article j’ai voulu tester un style et un format différents de ce que j’ai l’habitude d’écrire, laissez-moi un commentaire pour me dire ce que vous en avez pensé 😉

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